Portrait. À l’occasion du 30e Congrès mondial des astronautes qui s’est déroulé à la Cité de l’espace en octobre 2017, le magazine d’informations de la mairie « à Toulouse » a rencontré le spationaute toulousain Philippe Perrin.

Parmi les 7,5 milliards d’êtres humains qui peuplent la Terre, seuls 500 ont voyagé dans l’espace. Philippe Perrin est de ceux-là. En juin 2002, l’astronaute toulousain décollait à bord de la navette Endeavour. Sa mission ? Assembler une base mobile sur la station spatiale internationale (ISS) et réparer son bras robotique. Le « mécano de l’espace » a effectué trois sorties extravéhiculaires. Vingt heures à flotter 400 km au-dessus de la planète bleue, suspendu en plein cosmos. Vertigineux? « Addictif, précise l’astronaute. Tout petit déjà, je rêvais de voir la Terre d’en haut. Dans ses écrits, Saint-Exupéry raconte cette expérience extraordinaire. Comme lui, je suis devenu pilote… mais j’ai voulu voir ma planète d’encore plus haut. Quand j’y suis parvenu, j’ai emmené le Petit Prince avec moi ! » Ce que procure un vol dans l’espace? « Un mélange d’exaltation, de béatitude, d’instants mystiques proches du Nirvana… et, parallèlement, des moments d’immense fatigue, de peur et de profonde détresse… L’intensité émotionnelle est énorme. Rien ne prépare à devenir soi-même un satellite de la Terre. » Au-delà du fantasme, voyager dans l’espace requiert des qualités exceptionnelles, nécessite une préparation intensive -« 75 heures par semaine, quasiment 7 jours sur 7 pendant six ans à la NASA, au camp d’entrainement de Houston »- et exige son lot de sacrifices. Fragilisation des os, atrophie musculaire, affaiblissement du système immunitaire, exposition au rayonnement cosmique, vieillissement prématuré… Pourquoi s’infliger ça ? « J’étais à la recherche de moi-même. J’ai eu la chance de rencontrer plusieurs aventuriers. Mes deux grands-pères ont fait la guerre. Ils m’ont raconté leur combat contre les nazis et m’ont appris la valeur du courage. C’est pour cela que je me suis engagé dans l’Armée de l’air. Avant de devenir astronaute, j’ai été pilote de reconnaissance sur Mirage F1-CR pendant la guerre du Golfe. Je suis un homme d’engagement.»

Sauver la planète

Un engagement qui prend désormais une orientation écologique. «Depuis l’espace, j’ai vu des nuages de particules survoler la Chine. La pollution, la déforestation, la sécheresse, la fonte des glaciers… tout cela s’observe à l’œil nu, c’est saisissant. Nous nous comportons comme si nous vivions sur une planète aux ressources illimitées mais, vue du ciel, la Terre apparaît dans toute sa finitude, on a l’impression qu’on pourrait la prendre sous le bras. Elle semble si fragile… Ce n’est qu’une minuscule poche d’air perdue dans l’univers. Je suis revenu de mon vol avec un sentiment de panique, une conscience aiguisée de l’urgence climatique. Je l’ai senti dans mes tripes.» Depuis, Philippe Perrin témoigne, partage son expérience, intervient dans les écoles et les universités. « Les générations précédentes se sont battu pour gagner la paix, l’abondance, la santé… un confort inégalé. Nous, nous nous gorgeons, nous dilapidons les ressources. Nous pillons ce qu’ont bâti nos ancêtres et endettons nos enfants. Heureusement, les jeunes sont dotés d’une grande conscience. Quand je m’adresse à eux, je leur dis : « Nos grands- parents avaient pour défi de gagner la guerre contre les nazis. Le vôtre est de sauver la planète.»

Toulouse, sa Citadelle

Aujourd’hui pilote d’essais chez Airbus, Philippe Perrin s’implique dans la recherche aéronautique et participe à l’élaboration des avions du futur. Et l’avenir justement, comment l’envisage-t-il? « À Toulouse, précisément. C’est là que je me suis reconstruit après mon vol dans l’espace. Car on ne sort pas indemne d’une telle expérience. Pendant des années, on est porté par une équipe, une vague humaine extraordinaire. On réalise un rêve, on atteint le sommet, on touche au sublime… et soudain, tout s’arrête. Il faut réapprendre à devenir humain, à redescendre sur Terre, littéralement. C’est le plus difficile. J’y suis arrivé grâce à ma famille.» Quelques mois après sa mission spatiale, Philippe Perrin quitte les États-Unis et s’installe dans le quartier des Carmes. « La première fois que je suis venu à Toulouse, je me souviens m’être garé à Saint-Cyprien et avoir traversé à pied le pont Saint-Pierre. En contemplant cette ville illuminée dans la nuit, j’ai eu un flash, je me suis dit : « C’est là que je veux élever mes enfants.» C’est là aussi que naît en lui l’envie de défendre l’environnement aux élections européennes de 2019. «Aujourd’hui, Toulouse n’a pas de représentant au parlement européen. » Fort de ses compétences d’ingénieur et de ses expériences dans la recherche, l’ancien polytechnicien propose des solutions concrètes. «Toulouse gagnerait à diversifier ses compétences en développant des laboratoires de recherche dans le domaine des énergies renouvelables. Leur stockage représente un défi majeur pour les ingénieurs. Notre ville est un réservoir de talents, elle a un potentiel intellectuel extraordinaire. C’est une terre idéale pour les expérimentations et les innovations écologiques. »

2018-02-13T10:57:03+00:00 12 février 2018|Portraits|